Coup de projecteur sur 3 films primés au Festival Format court

Coup de projecteur sur 3 films primés au Festival Format court

Notre confrère Format Court organise chaque année à Paris un festival permettant de découvrir le meilleur du court métrage mondial. Pour sa 7e édition (du 8 au 12 avril dernier), l’équipe de la revue proposait une compétition de 23 titres, accompagnée par trois programmes thématiques (« Iran. Résistance, résilience », « Au-delà des apparences » en partenariat avec la Ville de Paris, et « Secrets et tabous »), une masterclass donnée par Carine Tardieu et une table-ronde sur le body horror. Le tout sous l’égide de la comédienne Clotilde Hesme, marraine de ce millésime 2026, à qui était également consacrée une séance.

Les trois jurys (professionnel, presse et étudiant) et le public ont décerné 8 prix et une mention. C’est Wassupkaylee de Pepi Ginsberg, une chronique contemporaine sur le phénomène des « maisons TikTok », ces collocations où de jeunes influenceurs cohabitent dans le but d’engranger les followers comme les revenus publicitaires, qui est reparti avec le Grand Prix, tandis que le film d’animation Autokar de Sylwia Szkiladz a décroché une mention spéciale. Les journalistes, eux, ont choisi le documentaire Au bain des dames de Margaux Fournier, dans lequel des retraitées se retrouvent sur une plage marseillaise, entre confidences et fous rires. Parmi les autres lauréats, trois films ont plus particulièrement retenus notre attention par leur singularité et leur propos.

Ne réveillez pas l’enfant qui dort de Kevin Aubert (prix du meilleur scénario)

À Dakar, une adolescente de 15 ans s’endort à la veille d’une journée qui va décider de son destin. Mais le lendemain matin, ni les suppliques, ni les coups ne parviennent à la réveiller. Cette belle au bois dormant moderne reste avec entêtement réfugiée dans un sommeil que rien ne parvient à troubler.

Le premier court métrage de Kévin Aubert utilise la forme du conte pour aborder la question des mariages forcés. Il met au jour le poids que cela représente pour les principales concernées – des jeunes filles qui sont tout simplement exclues d’une décision impliquant pourtant toute leur existence – comme pour leurs familles, qui, par peur de perdre la face, exercent une pression redoutable sur elle. Le sommeil de l’héroïne devient ainsi le dernier acte de résistance qui soit à sa portée. Une résistance passive dont la dimension surnaturelle (est-elle dans le coma ? est-elle sous l’emprise d’une malédiction ? fait-elle semblant ?) déconcerte parents et voisins qui ne savent plus qui blâmer – et sont prêts à toutes les extrémités pour rétablir la situation. Filant la métaphore du conte, le film trouve une issue heureuse (temporaire ?) à travers la passion du personnage pour le cinéma, ce monde de rêve éveillé, à la fois refuge réconfortant et idéal lieu d’évasion.

Une fenêtre plein sud de Lkhagvadulam Purev-Ochir (Prix de la Meilleure image)

Alors que son couple traverse une crise profonde, Azaa visite des appartements neufs dont les larges fenêtres offrent des vues vertigineuses sur la ville d’Oulan-Bator. Elle rêve d’un nouveau foyer où repartir de zéro avec son mari et sa fille de 6 ans – mais ne contemple que le vide. Celui qui s’ouvre sous ses yeux quand elle regarde vers l’extérieur, celui que laisse son mari absent à chacune des visites, celui qui semble engloutir ses propres désirs.

Il faudra la banalité d’un embouteillage – retour sur la terre ferme, au milieu de ses semblables – pour que le noeud se dénoue et que ce qui compte réellement refasse enfin surface. Sans se départir d’une certaine douceur, mais avec un sens du cadre acéré, la réalisatrice Lkhagvadulam Purev-Ochir nous immerge dans la réalité bien tangible de cette famille mongole, prise entre la frénésie urbaine et celle de ses propres émotions.

Dancing pigeons de Christofer Nilsson (prix d’interprétation pour Thomas Guldberg Madsen)

Lors d’une séance à guichets fermés dans la salle polyvalente d’une petite bourgade suédoise, un médium fait venir sur scène une femme désespérée en quête d’un signe de son mari décédé. Ce qui semblait devoir n’être qu’un jeu de dupe supplémentaire déploie peu à peu une étrange intensité lorsque la mise en scène du prétendu voyant dévoile inopinément ses propres failles.

On comprend aisément pourquoi le jury du festival à choisi de récompenser Thomas Guldberg Madsen qui livre une interprétation habitée, entre poudre aux yeux et fragilité béante. Il aurait pu ne camper qu’un énième loser pathétique, ou une déclinaison bien rodée de charlatan flamboyant et sans scrupule, mais il parvient à faire passer dans son jeu une sincérité presque déstabilisante. Comme s’il risquait moins d’être démasqué par le public que par lui-même, et de perdre ainsi ses dernières illusions.