
Miguel Ángel Bernardeau Duato est né le 12 décembre 1996 à Valence. C’est un bon début. À l’âge de presque 30 ans, le voilà qui débarque en compétition à Cannes avec La bola negra. Ce fils de la balle – son père, Miguel Ángel Bernardeau, est producteur de télévision, et sa mère, Ana Duato, est actrice – grandit donc littéralement dans les coulisses de la télévision et du cinéma. Ce qui ne l’empêche pas de partir étudier les arts dramatiques à l’université de Santa Monica et à l’American Academy of Dramatic Arts de Los Angeles. Revers de la médaille, sa popularité empêche l’anonymat : «J’apprécie beaucoup l’intimité et ça me manque vraiment de pouvoir observer sans être observé. Si je pouvais faire mon travail sans être connu, je le ferais.»
Elite
En même temps, quelle idée de rejoindre le lycée de Las Encinas en 2018. Dans Elite, Guzmán est l’un des adolescents fortunés dont la vie est bouleversée par l’arrivée de pauvres boursiers. La série diffusée sur Netflix devient un phénomène mondial. Il est l’un des personnages principaux des quatre premières saisons (sur huit).
Elite a porté chance à de nombreux protagonistes. Omar Ayuso connaît une jolie carrière théatrale (en plus d’avoir tourné dans un clip de Rosalia) ; Arón Piper s’est affirmé en chanteur (de rap) et en star de films d’action sur Netflix (le récent El correo) ; Manu Rios réussit le parcours le plus flamboyant avec une société de mode, le rôle de Gavroche au théâtre, des séries populaires (dont la plus récente, Respira) et des rôles au cinéma – on le verra prochaînement dans un film de Marc Webb (Day Drinker) et un autre de Fernando González Molin (Mi querida senorita). Lui a déjà expérimenté les marches cannoises avec le court métrage de Pedro Almodovar, Strange Way of Life, diffusé hors-compétition.
Bernardeau n’avait pas le personnage le plus facile de la série Elite : un peu brutal, arrogant, mâle alpha en colère (ce qui ne l’empêche pas de partager le lit avec deux de ses camarades et de tomber amoureux d’une boursière musulmane). Il l’assume : «Avec mon personnage, vous voyez comment il passe d’être raciste et xénophobe à tout accepter. Dans ma dernière saison, il y a des relations sexuelles de toutes sortes et avec toutes sortes de personnes. Cela contribue à normaliser les avancées que notre génération a introduites en la matière», a-t-il dit à El Mundo. Après 32 épisodes, il décide de partir volontairement, par crainte d’être cantonné à ce seul rôle. Un voyage dans lequel il embarque Aron Piper, qui lui aussi se lasse de son personnage indécis.
Zorro
Avant Élite, les débuts sont méthodiques. En 2016, il fait une courte apparition dans Cuéntame cómo pasó, une série dont son père est producteur, en agent de la Garde civile. En 2017, il joue dans la web-série Inhibidos et dans la comédie C’est pour ton bien, plus gros succès espagnol dans les salles cette année-là.
Après Élite, il construit délibérément une trajectoire plus exigeante. On l’aperçoit dans la comédie noire Ola de crimines de Gracia Querejeta. Il est prisonnier dans Josefina de Javier Marco, nommé pour trois Goyas. En 2022, il joue Ángel dans la série fantastique allemande 1899 des créateurs de Dark, un projet ambitieux et inégal aux côtés d’acteurs européens variés. Puis il incarne Zorro dans la série espagnole éponyme, où il réalise 90 à 95% des cascades lui-même. Depuis, il a tourné La fiera de Salvador Calvo où il est parachutiste (sorti en février au cinéma en Espagne) et la série policière Terra Alta, adaptation du roman de Javier Cercas, où il a le rôle principal du détective.
Los Javis
Mais pour ceux qui suivent ce beau gosse blond, machoire carrée et sourire carnassier, la révélation du comédien date surtout de 2024 quand il apparaît dans la série Querer, portrait d’une famille basque traversée par des secrets autour d’un viol conjugal. La mini-série d’Alauda Ruiz de Azúa triomphe dans tous les palmarès jusqu’au prestigieux Grand prix à Series Mania.

Et c’est avec les autres stars de la série espagnole que Bernardeau va venir à Cannes. Javier Calvo et Javier Ambrossi aka «Los Javis» sont les auteurs des magnifiques séries Veneno, très almodovarienne, et de La Mesías, très troublante (Prix de la meilleure réalisation du Panorama International et Prix des étudiants à Séries Mania). Autant dire qu’ils sont attendus. Coproduit avec les frères Almodóvar via leur société El Deseo, La bola Negra traverse trois époques — 1932, 1937, 2017 — à travers les vies entrelacées de trois hommes reliés par un même fil de désir, de douleur et d’héritage. Librement inspiré d’une pièce inachevée de Federico García Lorca, le film est une revendication queer.
Miguel Bernardeau doit avoir le trac. Conscient de sa chance autant que de ses limites, il a déjà confié à : «Je suis tellement autocritique que j’envisage la chute après tant de chance. J’ai peur qu’ils ne m’appellent plus et de devoir regarder en arrière pour voir ce que j’ai fait de mal.»
