Cannes 2026 | Les Roches rouges : Bruno Dumont filme l’insouciance de l’enfance

Cannes 2026 | Les Roches rouges : Bruno Dumont filme l’insouciance de l’enfance

Sur la côte d’Azur, deux bandes de gamins s’affrontent à leur jeu préféré : sauter des rochers rouges. Géo, tout juste 5 ans, découvre le temps d’un été que l’amitié, l’amour et la rivalité peuvent être étroitement liés.

Événement de la Quinzaine des Cinéastes cette année, le nouveau film, Les roches rouges, de Bruno Dumont ferait régresser même les plus réfractaires d’entre nous. Explications.

Après avoir fait honneur aux gens du Nord (P’tit Quinquin, Ma Loute), Bruno Dumont pose ses caméras dans le sud de la France, à deux pas de Cannes, pour filmer la jeunesse dans ce qu’elle a de plus beau et de plus caractéristique. Et à en croire les plans particulièrement longs qu’il faits de la Côte d’Azur, il y a fort à parier que c’est une expérience qu’il a adorée. Plus encore, pour montrer les joies et les petites déconvenues du jeune âge, il s’est entouré de chouettes bouts de chou.

Young and beautiful

Géo (Kaylon Lancel) est un jeune intrépide qui adore sauter et s’est transformé en leader surprise du trio qu’il forme avec Eve (Kelsie Verdeilles) et Rouben (Mohamed Coly), tous deux légèrement plus âgés. Ensemble, ils enchaînent les journées passées dans l’eau, à profiter du soleil et se permettent quelques petits larcins dans les coffres de voiture encore ouverts de touristes venus séjourner dans la région. A bord de leurs improbables mini-quads, ils parcourent des kilomètres et recommencent le lendemain, encore et encore.

Les Films du Losange

C’est la rencontre qu’ils font avec une bande de jeune sauteurs (Eve, B et Do) qui crée un véritable enjeu. Très vite, on comprend que B (Alessandro Piquera) est le « chef « de cette bande-là et qu’il ne voit pas leur arrivée sur son territoire de saut d’un très bon œil. Mais Géo, d’un naturel curieux et sociable, voit en eux de nouveau copains potentiels. Il faut dire qu’il a des vues sur Eve…

Un Roméo et Juliette version kids

Ce que l’on aime dans Les Roches rouges et plus largement dans le cinéma de Bruno Dumont, c’est sa capacité à filmer simplement les choses. À l’image de ce rapprochement entre Géo et Eve qui, sur le papier, semble être une histoire vouée à l’échec mais qui, une fois à l’écran, est la relation la plus adorable que l’on aura vue à Cannes. Avec sa caméra portée – quelque chose d’inédit chez lui -, Bruno Dumont s’amuse de leurs câlins maladroits, de leurs gestes qui n’aboutissent pas et de leurs regards un peu fuyants.

Les Films du Losange

En créant grâce au montage des scènes cohérentes sans travailler la psychologie des enfants engagés sur le tournage, Bruno Dumont nous faire croire à tout. Que Eve et Rouben sont jaloux du rapprochement de Géo et Eva. Que B est un gamin terrifiant. Que Do (Meryl Pires) est une peste violente. Qu’ils sautent de rochers situés à 40m de hauteur. Même l’aller-retour un peu fantaisiste que Géo et Eve font à Vintimille en train réussit à s’intégrer dans sa narration. Tout ici est léger, saupoudré d’une joie communicative et d’un candeur qui fait du bien et dont on voudrait bien une dose supplémentaire lorsque le film se termine.

Avec Les Roches rouges, Dumont offre un film plein de charme et sans fiorituree. Un retour à l’insouciance, à l’innocence, comme pour se régénérer après l’échec de son film SF baroque, L’empire. En retirant presque tout présence adulte, le cinéaste propose véritablement un film à taille d’enfant, c’est-à-dire un film qui n’a pour ambition que de relater le bonheur estival de gamins prêts à tout pour s’amuser entre copains. Pourtant, on remarque dans leurs mimiques, leurs tics, leur langage, un cousinage réel avec ses personnages barrés du Nord (Ma loute, Le p’tit quinquin, Coincoin et les Z’inhumains). Comme s’il avait trouvé dans ces miniatures la source réelle des êtres qui l’inspirent depuis des lustres.

Plus que solaire et incarné, Les Roches rouges ravira tous ceux qui aiment les récits courts efficaces, les projets joyeux et sans contrainte.

Les Roches rouges
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
1h31
Réalisation : Bruno Dumont
Scénario : Bruno Dumont
Image : Carlos Alfonso Corral
Musique : Laia Torrents Carulla (Cabonsanroque)
Distribution : les films du losange
Avec Kaylon Lancel (Géo), Kelsie Verdeilles (Eve), Louise Podolski (Manon), Mohamed Coly (Rouben), Alessandro Piquera (B), Meryl Pires (Do)