Kosice : un festival de cinéma pour fêter l’été

Kosice : un festival de cinéma pour fêter l’été

En Slovaquie, ce n’est pas la fête de la musique qui marque l’arrivée de l’été comme en France, mais un festival international de cinéma. Cette année, la 32e édition du IFF Art Film était organisée du 19 au 25 juin à Kosice, dans l’est de la Slovaquie, à proximité des frontières hongroise et ukrainienne. Elle a permis au public de découvrir des courts et des longs métrages variés, dont plusieurs présentés en compétition, et de côtoyer pendant une semaine des réalisateurs et acteurs venus présenter leurs films.

Le festival s’est déroulé à Kosice, deuxième ville de Slovaquie après la capitale, Bratislava. Kosice abrite un très beau centre historique, avec des palais aristocratiques et la plus grande église de Slovaquie, la cathédrale Sainte-Elisabeth. Les festivaliers ont pu profiter, durant toute la durée de la manifestation, d’un temps agréable, plus frais qu’en France où on suffoquait sous la canicule.

Plusieurs films français étaient proposés au public, parmi lesquels L’étranger de François Ozon, Coutures d’Alice Winocour, L’affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé, Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli, ou encore Chien 51 de Cédric Gimenez.

Akin et Barmak en masterclasses

Des masterclass étaient aussi programmées, en présence d’un auditoire composé de nombreux étudiants. L’une d’elle était animée par le réalisateur allemand Fatih Akin, fils d’un couple d’immigrés turcs. Les spectateurs ont pu découvrir deux de ses films dans les salles obscures de la cité slovaque : Head On, récompensé par l’Ours d’or à Berlin en 2004, et In The Fade (2017). Parmi les autres films réalisés par Fatih Akin, on peut citer De l’autre côté, prix du scénario au festival de Cannes en 2007, et Soul Kitchen, une comédie récompensée par le Grand Prix à la Mostra de Venise en 2009.

Une autre masterclass était animée par Siddiq Barmak, cinéaste afghan exilé au Pakistan peu avant l’arrivée au pouvoir des talibans à Kaboul en 1996. Il vit aujourd’hui en France, à Angers. Son premier long-métrage de fiction, Osama, qui a remporté une Mention spéciale-Caméra d’or au Festival de Cannes en 2003, était présenté dans le cadre du festival. Inspiré de faits réels, Osama raconte l’histoire émouvante d’une jeune fille de 12 ans qui, sous le régime des talibans, se fait passer pour un garçon afin de trouver un travail et de pouvoir se nourrir, ainsi que sa mère et sa grand-mère.

Tourné en 2002 à Kaboul, Osama a obtenu le Golden Globe du meilleur film étranger en 2004. Siddiq Barmak a raconté une anecdote savoureuse à ce sujet, affirmant que suite à une projection privée à la Maison Blanche, George W. Bush avait déclaré que l’académie des Oscars serait bien inspirée d’attribuer un Oscar à Osama. Résultat : celle-ci se serait offusquée que le président des Etats-Unis puisse essayer de les influencer et le film n’a même pas été sélectionné dans la liste des cinq finalistes. Pour autant, Siddiq Barmak a souligné que suite à cette publicité gratuite, le DVD du film s’était très bien vendu. Le réalisateur afghan a ensuite réalisé Opium War, en 2008, et travaille actuellement sur un nouveau film intitulé The Postman.

Plusieurs récompenses ont été décernées lors de la cérémonie de clôture du festival de Kosice, dont le prix de la FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) attribué à Made in EU, un film qui nous ramène quelques années en arrière, en 2020, au début de l’épidémie de COVID-19. Le réalisateur bulgare Stefan Komandarev choisit de nous replonger dans cette période à travers le cas d’une couturière désignée comme bouc-émissaire d’une maladie qui était jusqu’alors inconnue. Dans un style documentaire, il raconte avec justesse comment l’hystérie peut s’emparer de toute une population, et la rumeur enfler jusqu’à mettre une femme au ban de la société locale.

Palmarès
Compétition internationale : "Everytime" (Sandra Wollner, Autriche)
Compétition Europe centrale et de l'Est : "Supporting Role" (Ana Urushadze, Géorgie)
Prix FIPRESCI + mention spéciale du jury : "Made in EU" (Stephan Komandarev, Bulgarie/Allemagne/Tchéquie)
Meilleure actrice : Imogen Poots pour "The Chronology of Water" (réalisé par Kristen Stewart)
Prix du public JOJ Cinema : "Ministranci / The Altar Boys" (Piotr Domalewski, Pologne)
Meilleur court métrage : "Zarina, sen ne istepqoidyn?" (Camila Sagyntkan, Kazakhstan)
Prix d'honneur : Actor's Mission Award à Anna Šišková (Slovaquie), Golden Camera à Fatih Akin

Pierre-Yves Roger