De la Comédie-Française : Panique avant les trois coups

De la Comédie-Française : Panique avant les trois coups

Avec De la Comédie-Française, les réalisateurs Martin Darondeau et Betrand Usclat nous plongent dans les coulisses de ce théâtre national qui est le seul, en France, à bénéficier en permanence d’une troupe de comédiens. Si leur film est une fiction, dans laquelle jouent avec beaucoup d’humour des comédiens de cette célèbre troupe, il fourmille d’anecdotes authentiques. Une réussite.

Nous sommes à seulement trois heures d’une première de Macbeth à la Comédie-Française et rien ne va plus. La comédienne qui devait tenir le rôle principal est bloquée à Brest pour cause de transports défaillants. Nina (Pauline Clément, fabuleuse), jeune pensionnaire de la Comédie-Française qui a mis en scène la pièce de Shakespeare, va devoir lui trouver une remplaçante au pied levé. Mais ce n’est pas le seul écueil qu’elle rencontre, et les incidents qui s’accumulent génèrent du stress chez les autres comédiens. Pourtant, à la Comédie-Française, il y a une règle : on n’annule pas une représentation. Alors il va falloir se serrer les coudes pour se présenter en temps et en heure devant les spectateurs…

Le film a été tourné dans les coulisses de la salle Richelieu, au sein même de la Comédie-Française, avant ses travaux. Mélange de fiction et de documentaire, ce long-métrage nous apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement de cette troupe. Et si le film a été tourné par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, qui ne font pas partie de la « maison de Molière », Pauline Clément, pensionnaire de la Comédie-Française depuis plus de dix ans, tient dans le long-métrage une place prépondérante, non seulement comme comédienne principale, mais aussi en tant que co-scénariste. Comme elle connaît très bien de l’intérieur les coulisses de la Comédie-Française, elle est garante de la crédibilité du film, même s’il reste une œuvre de fiction.

Ego troupe

De la Comédie-Française permet de mettre en lumière cette institution, dotée d’une troupe composée de 57 comédiennes et comédiens, qui compte 450 salariés. On voit la force du groupe qui se soutient dans les moments difficiles, les histoires d’amitié, les fâcheries causées notamment par les « égos » des comédiens, mais aussi par ceux de la costumière, le régisseur ou encore la maquilleuse.

« Il y a beaucoup de force à travailler en groupe », raconte Pauline Clément.  « On peut se soutenir, se conseiller, s’aider. Chaque fois qu’on joue entre les scènes, on discute et s’entraide. On aménage une scène pour un acteur qui s’est blessé et qui doit jouer, on se soutient du regard quand on sait que son partenaire est épuisé. Il y a beaucoup d’entraide à devoir jouer tous les soirs ensemble », précise-t-elle.

Le film traite aussi avec humour la difficulté d’avoir un enfant en bas âge quand on est comédien, ce qui est le cas de certains membres de la Comédie-Française. « À la Comédie-Française, nous avons l’habitude de croiser les enfants de certains membres de la troupe au foyer pendant les représentations du dimanche ou durant les vacances scolaires », note Clément Hervieu-Léger, l’administrateur général de la Comédie-Française. Dans le film, c’est le cas de Nina qui, de manière inattendue, va devoir gérer la garde de son bébé à trois heures de la première.

Molière et César

De la Comédie-Française s’inspire de nombreuses anecdotes déjà vécues par des comédiens de la troupe. Il est arrivé par exemple qu’un comédien soit remplacé au dernier moment. Dans une scène particulièrement savoureuse, les réalisateurs ressuscitent Molière pour remotiver Nina quand elle a envie de tout arrêter devant l’avalanche d’obstacles. Car, si ce dernier était décédé quand la Comédie-Française a été fondée par ordonnance royale de Louis XIV le 21 octobre 1680, les comédiens qui y travaillaient étaient en bonne partie des anciens de sa troupe, d’où le nom de « Maison de Molière ». De plus, depuis sa création, les pièces de théâtre qui ont été le plus jouées sont celles de Molière, avec notamment Tartuffe, L’avare, Le misanthrope, Le malade imaginaire et Les femmes savantes.

Le film est doté d’un casting de luxe, avec des comédiens dont certains, régulièrement à l’affiche au cinéma (avec la fameuse mention « de la Comédie-française »), bénéficient d’une belle notoriété, comme Pauline Clément, Benjamin Laverhne, Guillaume Gallienne (César du meilleur acteur en 2014), Laurent Stocker, Danielle Lebrun, Julien Frison ou encore Marina Hands (César de la meilleure actrice en 2007). En plus de Christian Hecq en régisseur, Françoise Gillard en ministre ou Denis Podalydès reconnaissable à la voix. Ils contribuent largement à la réussite de cette comédie enjouée, très bien écrite, qui a remporté plusieurs prix au dernier Festival de l’Alpe d’Huez 2026, dont le prix du public.

Pierre-Yves Roger