
Une étudiante allemande débarque dans le désert du Nouveau-Mexique pour une année d’échange. Elle pensait trouver l’Amérique de ses rêves. Elle découvre un pays inquiet, un amour fragile, et cette vérité que chaque génération finit par rencontrer : le monde que l’on nous promet n’est jamais celui qu’on trouve.
Pour qui a vu les films américains de Wim Wenders, I’ll be gone in June frappe par ses similitudes. Pas surprenant puisque Wenders est producteur de ce premier long de Katharina Rivilis. Dans un voyage inverse de celui d’Alice dans les villes (1974), la cinéaste accompagne l’année d’échange scolaire d’une jeune allemande dans un Nouveau-Mexique sec et ensoleillé, alors que les attentats du 11 septembre 2001 viennent de frapper les Etats-Unis.
Perdue à Las Cruces, l’allemande Franny (Naomi Cosma) comble le vide qui l’entoure et l’ennui qui semble être partagé par tout le monde. Fêtes, alcool, musique, souvenirs filmés en caméra numérique, et éventuellement romance (pudique). C’est un teen-movie qui n’a rien de sirupeux et qui en détourne les codes. Un récit initiatique longuet dans une Amérique profonde, conservatrice, religieuse et armée. « Evitez les ennuis, restez sobre et ne tombez pas enceinte. »

Une année difficile pour l’expatriée. Et le spectateur souffre tout autant. Le scénario s’égare facilement, les personnages ne sont pas particulièrement attachants. En flirtant avec le cinéma d’Andrea Arnold, sans en approcher la dimension dramatique, et en restant trop influencée par celui de Wim Wenders, sans faire entendre sa propre voix, la réalisatrice ne parvient pas à tirer partie de son sujet.
Une jeunesse désœuvrée
Le tableau de l’Amérique a été maintes fois vu, que ce soit sous l’angle d’une jeunesse désillusionnée ou d’une violence sourde qui habite ces paumés. Le rêve américain est brisé : à l’ouest rien de nouveau. Si ce n’est une culture assez vulgaire qui se désagrège sur les ruines d’un mythe déjà disparu. Tout cela se résume à d’innombrables scènes de piscine lassantes. On saisit au vol quelques jolies scènes mélancoliques, un hypnotisant baiser dans le désert, de splendides scènes nocturnes.

I’ll be go in June, somme de bons et mauvais souvenirs d’une existence éphémère en terrain hostile, s’enferme hélas dans un découpage très répétitif et dans un récit en manque d’inspiration. Sauvons malgré tout cette relation avec Sam (Bianca Dumais), seul échange fructueux qui les font grandir et voir le monde (un peu) autrement. Le film aurait sans doute gagner à se focaliser sur ce partage mutuel et enrichissant plutôt qu’à nous balader au milieu de nulle part pour les beaux yeux d’un fade bellâtre (David Flores).
Portrait d’une jeune allemande confrontée à la fois à la différence de cultures et au mal du pays, à l’envie de vivre une expérience et à la déception palpable qu’elle lui procure, le film réussit cet exploit, non négligeable : nous ressentons le même vide, le même ennui que l’héroïne. Une parenthèse étrange et étrangère. Ce drame errant se perd trop souvent dans une intrigue invisible. Tel un mirage où aucune destination n’apparaît à l’horizon. Il ne reste plus qu’à reprendre l’avion…
I'Ll be gone in June
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
2h05
Réalisation et scénario : Katharina Rivilis
Image : Giulia Schelhas
Musique : Steve Binetti, Eliane Bründler
Distribution : Nour films
Avec Naomi Cosma, David Flores, Rebecca Schulz, Bianca Dumais, Mia Ayon, Marco Silva,, Logan Sage
