Cannes 2026 | Les matins merveilleux : les derniers jours du disco au Lavandou

Cannes 2026 | Les matins merveilleux : les derniers jours du disco au Lavandou

De vieux vinyles disco dans le coffre de sa Twingo, à peine remise de la mort de sa grand-mère, Charlie roule. Elle ne sait pas encore que ces disques ressusciteront les pas de danse de sa mère dans les yeux humides de Titou, caviste rêveur, ni qu’une plage méditerranéenne désertée sera le théâtre de sa rencontre avec Marina, qui rêve son idéal de liberté dans la pizzeria du village. Pour l’instant, elle roule.

Après quinze années de montage et de courts métrages, dont le remarqué Queen Size, nommé aux César et gagnant à Clermont-Ferrand, Avril Besson a pris son courage à deux mains pour raconter une histoire dans un format long.

Les matins merveilleux se veut avant tout un feel-good movie, lumineux, parfois drôle, souvent tendre. En choisissant de nouveau de faire équipe avec ses deux actrices de Queen Size, India Haïr, toujours juste dans l’hypersensibilité et les situations absurdes, et la charismatique Raya Martigny, la cinéaste savait qu’elle pouvait compter sur leur alchimie si particulière.

Car, si l’histoire est assez banale, le duo fait quelques étincelles dans ce buddy movie singulier. Le scénario glisse ainsi de la comédie presque noire (le prologue vaut à lui seul le détour) au mélo léger plus convenu. Cependant, Avril Besson sait parfois surprendre pour rendre son récit plus que plaisant.

« – Ça va toi? – Pas ouf. »

Cela tient davantage à ses personnages affirmés et quelques scènes pétillantes qu’à une mise en scène qui semble suivre plus que dicter le cadrage et le montage. Avec deux personnages féminins résolument contemporains (une parisienne coincée, sans mec, sans enfant mais avec « une tombe », optimiste et confiante ; une jeune varoise LGBTQ, serveuse, attentionnée, assumée, et franche), elle renverse le schéma habituel que le cinéma impose depuis des lustres à propos du rapprochement de deux personnes que tout oppose a priori. Parce qu’il n’y a aucune escarmouche, aucune bisbille : les deux femmes n’ont peut-être rien en commun mais elles décident de s’entraider. L’enfer ce n’est pas forcément les autres. Au contraire, il s’agit de se soucier de l’autre.

Dans cette quête de soi (et de ses racines), au cœur d’une petite ville balnéaire hors-saison, s’ajoute un troisième larron, tout aussi improbable : Eric Cantona, en grand fan de disco. Tout contribue à ce que la parisienne s’ouvre de nouvelles portes pour la rendre heureuse en se « queerisant ». Cela passe aussi bien par les rencontres que par la danse : en mode queer, ici, on choisit sa famille. Une transcendance en mode mineur, aussi délicieuse qu’un apéro en bord de plage.

Besoin d’amour, besoin de liberté, besoin de transgression : chacun est confronté à sa solitude, ses espoirs brisés, sa mélancolie. Rien de neuf sous le soleil de la cote varoise. Pourtant on s’affranchit des normes, on s’émancipe, on se console entre âmes paumées. Entre le LSD (sorte de champis d’Alice au pays des merveilles) et Dalida (bien massacrée en karaoké), le chemin anticonformiste réussit parfois à nous surprendre. Pas simplement avec l’originalité du couple ou quelques séquences insolites, mais plutôt par la joliesse de l’ensemble, certes modeste, mais si bienveillant. « Ah que la vie est belle, Soudain, elle éblouit. »

Les matins merveilleux
Cannes 2026. Séance spéciale.
1h27
En salles le 29 juillet 2026.
Réalisation : Avril Besson
Scénario : Avril Besson, Pauline Baduel, Fanny Sidney
Photographie : Julia Mingo
Montage : Avril Besson
Musique : Thomas Krameyer
Distribution : Arizona
Avec India Hair, Raya Martigny, Éric Cantona, Mathias Minne, Fanny Sidney...