
Nord-Est de la France. Agriculteurs et chasseurs se font la guerre. Les sangliers, toujours plus nombreux, dévastent les cultures. Brun, un céréalier au bord de l’épuisement, disparaît. Un an plus tard, Fulda, gendarme parachuté là, et Stéphane, une psy en crise, mènent l’enquête. Mais ce qu’ils découvrent pourrait bien les dépasser.
Le premier long-métrage de Sarah Arnold est sans l’ombre d’un doute l’une des pépites de la Quinzaine des Cinéastes cette année ! Voici pourquoi.
Le sanglier, symptôme politique et écologique
Avec un sujet aussi sensible que la chasse en France, Sarah Arnold s’attaque à un gros morceau. Mais ce qui aurait pu virer à la leçon de morale s’avère particulièrement prenant. Dans L’espèce explosive, il n’est ainsi jamais question de savoir qui a raison ou qui a tort mais d’aborder frontalement les deux facettes d’un même problème : l’échec des institutions locales à gérer le vivant. Le sanglier fait ainsi office de parfait monstre rural : un animal connu et reconnu de tous, chassé selon un cadre, mais dont la présence a de quoi importuner.

Avec la volonté de ridiculiser les institutions (« car on pourra toujours rire de quelque chose de ridicule » ses propres mots), Sarah Arnold crée un ensemble de situations plus comiques et cocasses les unes que les autres. Cela passe par les méthodes de Brun pour se débarrasser des sangliers sur ses terres ou encore les plaintes des chasseurs, plus outrés par les dommages esthétiques infligés à ces bêtes qu’à leur seule mort dans l’espace public. Chaque conflit devant être mesuré par une gendarmerie qui rassemble plus à un camp de scouts qu’à une force militaire.
Le polar rural à la sauce comique
Fulda (joué par un Alexis Manenti au sommet de son art comique) sert de porte d’entrée dans cet univers où les oppositions se règlent à la carabine entre deux pintes. Très vite convaincu que quelque chose ne cloche pas dans l’affaire, Fulda finit par dénoter de par son professionnalisme – tout relatif lorsque l’on voit ses collègues. Accompagné par Victor (Vincent Dedienne), un gendarme ambitieux et vantard mais incapable de relier les indices entre eux, il devient vite le plus à même de résoudre cette enquête.

Mais c’est bien sa relation avec la psychologue dépêchée par leurs supérieurs, Stéphane (Ella Rumpf), qui permet d’entrevoir les véritables enjeux de la disparition de Brun et de l’affrontement entre chasseurs et agriculteurs. Car comme souvent dans les milieux ruraux, les brouilles ne datent pas d’hier et nécessitent que l’on remonte plusieurs décennies en arrière pour les comprendre. Et Sarah Arnold de prendre un malin plaisir à secouer tous les codes connus : l’enquête complètement erratique, le héros instable et inadapté, l’hybridation des genres (polar, comédie romance, chronique sociale).
Ce qui s’apparentait jusque-là à une histoire de meurtre et de revenant prend alors une tournure de fresque locale absolument captivante. Il y ainsi du P’tit Quinquin dans L’Espèce explosive. Il faut dire qu’à mieux y regarder, tous ces personnages semblent s’être rangés dans des rôles prédéfinis pour eux, sans jamais se demander s’ils sont les bons. Et les personnages comiques ne manquent pas ici. Du bar gay de quartier en passant par une gendarmerie trop grande pour cette équipe réduite, absolument chaque scène est propice à un fou rire. Preuve s’il en fallait une que le scénario écrit à 10 mains est d’une richesse folle.

Un comédie romantique bien déguisée
Bien évidemment, dès leur rencontre, un lien semble se créer entre Fulda et Stéphane. Certains de leurs échanges sont d’ailleurs à mourir de rire (« Vous allaitez ? – Non pourquoi ? Vous avez soif ? » ; « T’es beau comme une fissure dans un barrage ») ne devraient pas manquer de devenir culte. A l’image de cette scène délirante dans laquelle les deux protagonistes sont drogués à leur insu et tentent de mener un interrogatoire surprise dans un état lamentable.
On rit de ce couple improbable mais mignon comme on rit face à quelqu’un qui se prend une vitre. Rien ne semble devoir les réunir si ce n’est le désir qui émane d’eux lorsqu’il sont ensemble. Leur interaction finale, à l’arrière d’un fourgon, résume à elle seule l’humour trash mais génial (vraiment, ça relève du génie) de ce scénario. Et si ces deux être abîmes trouvent une forme de lien, on se dit que c’est parce que l’attraction naît du chaos.
Absurde au possible, L’Espèce explosive est la comédien policière qu’il ne faudra pas manquer en salle. Ça tombe bien, le film y sortira le 7 octobre prochain !
L'Espèce explosive
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
1h35
En salles le 7 octobre 2026
Réalisation : Sarah Arnold
Scénario : Sarah Arnold, Jérémie Dubois, Olivier Seror, Romain Winkler, Mehdi Ben Attia
Image : Noé Bach
Musique : Florencia Di Concilio
Distribution : Pan
Avec Alexis Manenti (Fulda), Ella Rumpf (Stéphane), Vincent Dedienne (Victor), Jean-Louis Coulloc'h (Brun), Pascal Rénéric (Alain), Bertrand Belin (Marchal), Jade Fiess (Lara), Bernard Blancan (La Tige), Thierry Godard (Brochier), Mathieu Perotto (Stanislas)
