
La fratrie Puig comprend sept enfants. Et c’est aujourd’hui qu’on marie le petit dernier : Jacques. Nous sommes en mars 1978 dans les faubourgs de Nantes. Le père n’assiste pas aux noces, il a été banni de la famille. Les frères et les sœurs eux sont tous là, heureux de se retrouver. Jacques va épouser Martine. Entre eux deux, c’est un mariage d’amour. Mais est-ce que l’amour peut sauver des blessures de l’enfance ?
Christophe Honoré s’attaque à un film choral (et familial) avec ce Mariage au goût d’orange. Comme pour Plaire, aimer et courir vite, il se replonge dans ses souvenirs (ici, l’adaptation de sa pièce Le Ciel de Nantes), en remontant encore le temps. Fin des années 1970, à Nantes, dans une église des faubourgs, puis dans une salle de fête, deux familles se rassemblent pour le mariage de Jacques et Martine. Il pleut sur Nantes. Mariage pluvieux, mariage heureux? Pas vraiment…
C’est une journée particulière (et pourtant assez banale) où les rancœurs, les joies, les peurs et les névroses de chacun tissent cette toile dramatique. Malgré ce bordel ambiant et cette foison de personnages, la sauce ne prend pas. Il y manque de la folie et la narration puzzle souffre d’être mal imbriquée.
« – Je peux garder le morceau de voile, tonton? – Oui, tu peux même te le foutre dans le cul. »
Les situations trop théâtrales, le montage plan plan, le faux réalisme trop artificiel ne permettent jamais au film de s’émanciper de sa nature : un simple album de souvenirs. Il s’enlise dans une forme de drame conventionnel et en apparence ordinaire. Malgré le cumul de pathos, l’émotion ne surgit jamais. Le film souffre de n’avoir aucune aspérité au sein d’une intrigue finalement mal fagotée. Le trauma originel aux conséquences systémiques (et tragiques), qui sera révélé au fil des crises et des colères, ne suffit pas à transcender ce passé douloureux en grande épopée intime.
Gueule de bois
Le film, de par son titre, promettait pourtant un cocktail sucré-amer. Quelque chose dans la veine d’un Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, dont on devine le cousinage. Mais ici la charge n’a rien d’harmonieux. Pris individuellement, certains personnages amènent du relief, salutaire. Collectivement, l’ensemble est plat.

Au moins, Honoré dépeint (et dénonce) une époque, pas si lointaine : des hommes violents, une homophobie banalisée, des femmes maltraitées, des enfants abimés. Ce mariage se révèle au final un requiem, avec une pointe de nostalgie, mais une bonne dose de désenchantement. Las, le cinéaste ne réussit pas à nous y inviter pleinement. Ses désaxés ne suscitent pas d’empathie particulière. Si bien que ce mariage ne peut que finir en divorce entre ceux qui regardent cette hécatombe et ceux qui l’incarnent.
On a connu Honoré plus inspiré. Ce film écrit, tourné et monté en quelques mois ne parvient jamais à insuffler la dynamique nécessaire pour nous embarquer dans son maelström psycho-dramatique. Le mariage est trop triste et assurément déprimant pour que ses saveurs nous séduisent.
Mariage au goût d'orange
Festival de Cannes 2026. Cannes Première
1h55
En salles le 9 décembre 2026
Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré, d'après sa pièce Le Ciel de Nantes (2023)
Image : Jeanne Lapoirie
Distribution: Ad vitam
Avec Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher, Alban Lenoir, Nadia Tereszkiewicz, Malou Khebizi,
Myriem Akheddiou, Xavier Lacaille, Victoire Du Bois, Park Ji-min...
