
De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.
San José, Costa Rica. Le cinéma a rarement eu l’occasion de poser ses caméras dans cet univers urbain bruyant latino-américain, pas vraiment séduisant ni aimable. Valentina Maurel explore la capitale dans tous ses recoins : faubourgs, carrefours, centre-ville bourgeois, quartiers plus populaires… L’instabilité de l’environnement répond parfaitement à celle de trois femmes – une mère et ses deux filles – ballotées par leurs doutes et leurs névroses.
Il y a bien quelques hommes. Un père, loser, qui ne pense qu’à sa nouvelle petite amie, un fiancé lointain et des amants pour l’hygiène, des inconnus voyous mais sympathiques.
L’âge adulte
Ton animal maternel saisit rapidement le spectateur grâce à son rythme très libre et un récit jamais prévisible, et parfois audacieux. Mais ce sont avant tout les trois actrices – Daniela Marin Navarro, Mariangel Villegas et Marina de Tavira – qui transportent le film dans une dimension inattendue, à la fois féministe et empathique.

Si Elsa, l’aînée, est au centre de l’Histoire, c’est aussi parce qu’elle erre entre deux mondes. Une envie de retourner en Europe et le confort d’être parmi les siens : une mère narcissique et un père égoïste, une sœur vulnérable, un brin illuminée avec ses propos ésotériques, et un avenir incertain. Être adulte, jeune ou vieux, est un parcours du combattant, où les colères et les folies, les égoïsmes et les rêves sont autant d’obstacles.
Tout s’installe dans les trois lieux principaux. En résidant dans un appartement en travaux, Elsa, la rationnelle, imagine sa vie comme un chantier. Sa mère, qui considère que son rôle maternel est terminé, vit dans un appartement cossu, entourée de livres, et auréolée d’une gloire aussi sulfureuse que nostalgique. Sa sœur s’attache désespérément à une maison familiale qui se dégrade, dont la porte capricieuse semble verrouillée. Les métaphores sont évidentes, sans doute un peu trop.
Femme, vie, liberté
Sous les apparences d’une chronique familiale s’interrogeant sur la responsabilité des liens du sang, Ton animal maternel se dévoile surtout comme un manifeste féministe et sororal dans une société patriarcale où l’homme n’a plus rien de dominant.

Le premier long métrage de la réalisatrice franco-costaricaine, J’ai des rêves électriques, prix de la réalisation à Locarno, trouve ici une sorte de prolongement. On y croise là encore une forme de sensualité brute, une nervosité des personnages comme de l’image, une caméra subjective et des jeux de regards qui en disent long, des angles et des cadrages peu fréquents, des ruptures de tons qui accompagnent les emballements du cœur. Chacune cherche sa chambre, son refuge, pour se protéger de peurs irrationnelles. La paranoïa et le manque de confiance en soi fragilisent ces femmes, rattachées par un cordon invisible difficile à couper. Et c’est bien ce que la caméra saisit en défragmentant le scénario pour le rendre pointilliste et vivant.
Prendre soin
D’autant que le film rend palpable sans effets cet environnement violent et menaçant. Ces trois femmes n’ont souvent que leurs croyances et leurs illusions, leurs rêves et leurs bons souvenirs pour échapper à ce réel abrupt. Le désir aussi. C’est l’autre « chambre à soi » : la sexualité est omniprésente (le père et son amoureuse étudiante, les amants d’Elsa, les poèmes érotiques de la mère,, les traumas de la sœur).
Indécises et insécures, ces femmes résiliantes, en quête d’identité à travers leurs corps et leur réflexion sur le monde, vont progressivement devoir se réconcilier, se comprendre et être solidaires pour se protéger. C’est toute l’habileté, et la sensibilité, de la réalisatrice, que de nous amener à cet horizon pacifié après de multiples détours. Et l’on comprend alors que pour prendre soin de soi comme des autres, il faut savoir être un petit peu égoïste et, surtout, écouter les maux des autres.
Ton animal maternel (Siempre soy tu animal materno)
Festival de Cannes 2026. Un certain regard.
1h45
En salles le 7 octobre 2026
Réalisation et scénario : Valentina Maurel
Musique : Mathias Castagné
Image : Nicolas Andrés
Distribution : JHR Films
Avec Daniela Marín Navarro, Marina de Tavira, Mariangel Villegas, Sol Carballo, Paulina Bernini...
