
Sur une île isolée au large des côtes chiliennes, Silvia vit de la récolte d’algues et mène une vie paisible avec son compagnon. L’arrivée dans sa vie d’un chiot errant, Yuri, bouscule son quotidien. Mais la disparition de l’animal ravive un traumatisme d’enfance.
Quatrième long métrage de la cinéaste chilienne Dominga Sotomayor, La chienne est une adaptation foisonnante du roman du colombien Pilar Quintana.
Sublimé par des plans magnifiques d’une île balayeé par les vents, La Chienne a tout d’un coming of age tant l’héroïne Silvia, campée par la formidable Manuela Oyarzún, est une adulte en lutte avec tous ses démons dans l’espoir de devenir meilleure, grandie. Au travers du lien qu’elle tisse avec Yuri, le spectateur assiste donc au changement de comportement de Silvia, qui se traduit notamment par la manière dont son regard évolue sur les adultes et le monde qui l’entourent.

Alors que tout porte à croire – au début en tout cas -, que cette femme a perdu un enfant, Dominga Sotomayor révèle par le biais d’un tragique flash-back la raison d’une culpabilité qui la ronge au quotidien. Une culpabilité toute compréhensible mais dont on passe 112 minutes à espérer qu’elle se déleste car son partenaire Mario (le charismatique David Gaete) est tout à fait en mesure de l’épauler.
Mise en scène de l’ordinaire et de la cruauté
Avec sa temporalité lente et ses scènes du quotidien, répétitives et éreintantes dans le cadre du travail de Silvia, La Chienne privilégie les dialogues parfois fragmentaires. C’est au spectateur de reconstituer le puzzle de ce qui s’est passé afin de mieux comprendre la psyché complexe de cette héroïne qui perd pied, après avoir semblé si heureuse aux côtés de Yuri.

Le titre du film, une insulte genrée, fait ainsi écho à Yuri mais aussi à Silvia qui est sans l’ombre d’un doute très dure envers elle-même. Ce qui n’empêche pas Yuri d’être la véritable star du film. Sa présence à l’écran a la capacité de rendre chaque scène douce et palpitante. Ses interactions avec les chevaux sont autant de moments de joie (pour elle) que de tendresse (pour le public). Mais la fiction n’est pas pour autant un documentaire sur le pouvoir d’apaisement et d’accompagnement des chiens.
C’est avant tout un drame qui met en avant la violence des adultes envers les enfants et envers les animaux. Pour Silvia et Mario, Yuri est en effet un membre à part de la famille qu’ils pourraient créer quand, pour d’autres, elle est une usine à chiots rentable. Avec ses gros plans et ses mouvements de caméras réduits au minimum, La Chienne interroge la présence humaine dans un espace naturel presque encore à l’état sauvage.

Sombre malgré sa fabuleuse lumière, le film de Dominga Sotomayor est un régal visuel qui n’empêche pas de présenter la famille et les proches comme des espaces de tensions silencieuses, ou les non-dits créent des fractures affectives parfois irréversibles.
La Chienne
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
1h52
Réalisation : Dominga Sotomayor
Scénario : Inés Bortagaray, Adaptation de "La perra" de Pilar Quintana
Image : Simone D’Arcangelo
Musique : Clint Mansell
Distribution : Nour films
Avec Manuela Oyarzún (Silvia), David Gaete (Mario), Selton Mello (Duda), Paula Luchsinger (Alba), Paula Dinamarca (Ximena), Rafaella Grimberg (Silvia jeune)
