Cannes 2026 | Le Vertige, la simulation simulée de Quentin Dupieux

Cannes 2026 | Le Vertige, la simulation simulée de Quentin Dupieux

Après avoir présenté Full Phil en Séance de minuit, Quentin Dupieux continue sa balade sur la Croisette avec une nouvelle comédie, le tant attendu Vertige pour clore la Quinzaine des Cinéastes.

Jacques (Alain Chabat) se rend chez son ami Bruno (Jonathan Cohen) pour lui annoncer une nouvelle importante : l’humanité tout entière vit dans une simulation… Il a fait cette découverte en notant des bugs dans leur « réalité ». Des oiseaux qui volent sans bouger, des individus dotés d’une moitié de corps, une boulangère avec trop de doigts aux deux mains, etc.

C’est avec ce pitch que Quentin Dupieux a décidé de nous faire rire, une fois de plus. Il faut dire que depuis Au poste ! et Le Daim, le cinéaste de 52 ans enchaîne les films, alternant les concepts, qui, parfois font des pépites, mais souvent s’écroulent au bout d’un tiers du film. Petit trublion du cinéma français, Quentin Dupieux s’attaque avec Le Vertige aux absurdités de notre époque sur-connectée, constamment plongée dans les écrans.

Consommation et simulations

Et parce que ce film ne dure que 1h07, la moitié du récit se concentre sur la découverte de Jacques tandis que la seconde montre comment Bruno a fait fortune grâce aux révélations de son ami. Mais le film s’avère surtout un exemple idéal du cinéma de Dupieux : prendre une idée simple et la pousser à l’extrême. Voilà pourquoi ce monde simulé dans lesquels Jacky et Bruno évoluent est l’occasion d’une comédie absurde sur fond de crise existentielle. L’idée même que ce qui les entoure ne soit pas réel alimente des discussions hilarantes entre les deux protagonistes, Bruno étant loin d’être un garçon perspicace. Le couple dysfonctionnel et pourtant si banal qu’il forme avec Fabienne (Anaïs Demoustier) le prouve.

Et cela va encore plus loin puisque Quentin Dupieux se sert d’une brouille entre les deux amis pour montrer toute la vacuité de notre société de consommation. Mué en Steve Jobs de carton, Bruno se lance dans la mise en vente d’appareils permettant de se connecter à son véritable soi, celui qui est hors de la simulation. Des appareils qui s’arrachent à prix d’or mais dont l’utilité est moindre, attestant de son manque de profondeur et de morale. Ce dernier devient le représentant des figures médiatiques qui nous entourent, libérales à souhait, je-m’en-foutiste au possible !

3D pour les Nuls

Et quoi de mieux pour se moquer de notre rapport à l’absurde qu’un film d’animation justement réalisé avec des étudiants en animation ? Conscient qu’un film léché au graphisme moderne et fluide nécessite des mois de travail, Quentin Dupieux fait dans l’économie de moyens et mise sur l’efficacité à tout prix. A contre-courant de ceux qui s’acharnent à proposer une 3D sensationnelle, toujours plus réaliste et des projets bourrés d’effets numériques ultra léchéss, il propose ici un film tout en 3D réalisé avec le logiciel Blender.

Mais surtout, son équipe et lui ont pris un malin plaisir à proposer un travail un tantinet grossier : textures aplaties, corps lisses, animations raides. De quoi nous faire revivre nos soirées passées sur les deux premières PlayStation ou encore les premières versions des Sims. Avec ces personnages sur lesquels on semble avoir simplement collé une photocopie des visages des comédiens qui leur prêtent leur voix-off, Le Vertige est un film à l’approche visuelle résolument contemporaine (au sens plasticien du terme)… sans que cela ne se traduise visuellement au premier coup d’œil !

Tout cela ajoute une dose non négligeable de comique à un film dont le scénario n’en manque pas. On pense notamment à cette scène complètement absurde dans laquelle Fabienne accouche de leur premier enfant et se contente de ramasser vulgairement le bébé au sol après l’avoir fait tomber de son entrejambe. Ce choix visuel et humoristique est un coup de poker qui pourrait diviser chez les fans de moteurs graphiques mais qui plaira au plus grand nombre, celles et ceux qui aiment les bons films et non les beaux films.

Sans grande surprise, le nouveau long-métrage du prolifique cinéaste est une proposition cinématographique que l’on ne saurait que trop vous recommander la découvrir en salle.

Le Vertige
Festival de Cannes 2026. Quinzaine des Cinéastes
1h07
En salles le 10 juin 2026
Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Musique : Franck Lascombes
Graphisme : Fred Cambon
Distribution : Diaphana
Avec Alain Chabat (Jacky), Jonathan Cohen (Bruno Moulin), Anaïs Demoustier (Fabienne / Claude), Jean-Marie Winling (Christophe Bourgeois)