Le jeune Elliot découvre une offre d’emploi très particulière de la part d’une célèbre artiste nommée Erika Tracy. Il doit devenir sa muse sexuelle alors qu’elle est en panne d’inspiration. Tout se passe bien, jusqu’au soir où elle se noie dans une piscine…
Douze ans que Gregg Araki n’avait pas sorti un film au cinéma. Autant dire que l’attente fut longue pour celui qui nous avait habitué à des feux d’artifice sulfureux ou séduisants depuis The Doom Génération en 1995.
I want your sex – rien à voir avec le titre éponyme de George Michael – tente de renouer avec son cinéma transgressif. Tenter est le bon terme tant l’essai n’est pas transformé. Malgré son titre alléchant, le sexe est ici très mou, l’orgasme jamais atteint, et le plaisir assez frigide.
Au mieux, on verra le film dans quelques années comme une pièce d’un puzzle cinématographique autour de la sexualité contemporaine, qui comprend Sanctuary de Zachary Wigon (2022), Passages d’Ira Sachs (2023), Queer de Luca Guadagnino (2024), Babygirl d’Halina Reijn (2024), Motel Destino de Karim Aïnouz (2024), Emmanuelle d’Audrey Diwan (2024), Sebastian de Mikko Mäkelä (2024), Pillion d’Harry Lighton (2025) ou Night Stage de Filipe Matzembacher et Marcio Reolon (2025).

Ici un jeune homme ordinaire, tout sauf sexy selon les critères hollywoodiens, « esclave du vagin » et « pute » d’une artiste pro-business, dominatrice aux goûts BDSM. C’est à la fois une confrontation générationnelle (wokistes vs « on ne peut plus rien faire ») et une provocation sociétale (employeuse – employé / riche et puissante – stagiaire précaire). Une boss toxique et un malheureux hétéro addict. Une énième représentation du sexe violent et empoisonnant au cinéma, qui semble dans l’air du temps (lire la chronique de Maïa Mazaurette sur le sujet), qui rappelait « que la violence et la contrainte [sont] devenues les fondamentaux de la grammaire sexuelle des jeunes.«
Misère sexuelle
Malheureusement, le manque de dynamisme ne rattrape pas une narration assez plate et une sociologie facile. Olivia Wilde et Cooper Hoffman ont beau sembler s’amuser dans leurs rôles (avec talent), on ne ressent pas l’ombre d’un frémissement d’excitation cinéphile devant cette fausse farce.
« Cette régression m’horripile. »
Araki ne choque même plus. Assagit le sexagénaire? Bien sûr on sourit à l’évocation du flop culte de Vincent Gallo, Brown Bunny. Comme on apprécie la fluidité des genres – sans censure – de cet univers queer. Evidemment, le cinéaste insuffle quelques piques sur le radicalisme d’une génération qui formate le langage au point de tuer les rapports humains, de les rendre superficiels et hypocrites, mais il manque du piment (et de la finesse d’écriture) pour que ça s’élève au-delà d’un premier degré flagrant. Et ce n’est pas quelques dialogues crus (« – T’as déjà sucé une bite? – Non. – Donc tu es hétéro. – C’est aussi con que ça? ») ou des séquences cocasses (godage de l’amant par la maîtresse) qui sauvent cette exploration de l’emprise et du sexe. On en revient à Pillion, bien plus subversif dans le genre.

Araki passę à côté de son sujet. En dévoilant les secrets d’alcôve d’une artiste tourmentée, qui privilégie le cérébral au charnel, il tenait devant sa caméra une critique sur la sexualité performative imposée par le porno (tout juste la scène avec Roxane Mesquida ouvre le débat). Au lieu de cela, il s’aventure dans un dédale de névroses, entre manipulations, dépendances, subconscient qui aboutit à la seul scène réellement incarnée du film : un plan à trois foireux.
Les vaniteux au bûcher
La descente aux enfers d’Elliot est autant la nôtre. On s’ennuie rapidement. Ses humiliations, son exploitation nous laissent de glace. Quant à la décadence d’Erika, tellement stéréotypée, elle nous émeut autant que sa vulve composée de chewing-gum.
Et ce n’est pas le final sous forme de thriller qui permettra de nous exciter un peu, tant il est maladroit et indigne d’un cinéaste comme Gregg Araki. Reste alors le deuxième aspect du film : sa critique sur l’art contemporain (« une arnaque »), où la notoriété de l’artiste est supérieure à la qualité de ses créations, où tout n’est qu’affaire de cote sur le marché et non d’émotion. Sur ce même thème, The Christophers de Steven Soderbergh était bien plus intéressant et pertinent. À l’instar du personnage de Wilde, Araki manque d’inspiration et cherche quelques sensations pour rester viable sur le marché. Malheureusement, il fut un auteur-réalisateur dont le seul nom intriguait, et ce retour au cinéma n’est pas à la hauteur de sa réputation.
I want your sex
1h30
En salles le 29 juillet 2026
Réalisation : Gregg Araki
Scénario : Karley Sciortino et Gregg Araki
Photographie : Tucker Korte
Montage : Gregg Araki et Victor de la Parra
Musique : James Clements
Distribution : Metropolitan Filmexport
Avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli XCX, Daveed Diggs, Mason Gooding, Roxane Mesquida, Chase Sui Wonders, Johnny Knoxville, Margaret Cho...
